Rencontre avec Olivier Lagarde de Chant Viron, entreprise spécialisée dans la restauration de luminaires d’exception et d’oeuvres en bronze
Partager Facebook X Linkedin Imprimer PDF Exporter la page au format PDF L'or du temps Quand nous sommes arrivés à Argenteuil, nous étions en plein chantier de la cathédrale de Nantes – incendiée en 2020 – pour restaurer l’ensemble des lustres », se souvient Olivier Lagarde. Un chantier colossal, loin d’être le seul… Son entreprise compte aussi parmi celles qui ont oeuvré au chevet de Notre-Dame d
L'or du temps
Quand nous sommes arrivés à Argenteuil, nous étions en plein chantier de la cathédrale de Nantes – incendiée en 2020 – pour restaurer l’ensemble des lustres », se souvient Olivier Lagarde. Un chantier colossal, loin d’être le seul… Son entreprise compte aussi parmi celles qui ont oeuvré au chevet de Notre-Dame de Paris. « De longs mois dans la poussière et sous masque pour lustrer les ferronneries intérieures » : grilles de chapelles et du sanctuaire ducal, garde-corps des tribunes, portails...
Si certains monuments sont rénovés sur place, d’autres plus fragiles, ou complexes, nécessitent des mois de travail en atelier. C’est ce qui a poussé le diplômé de l’Institut national du patrimoine et de l’École du Louvre à quitter Asnières-sur-Seine pour Argenteuil : trouver l’espace nécessaire à ses activités. Le restaurateur d’art a installé son entreprise dans un ensemble de petits bâtiments du quartier d’Orgemont, probablement les dépendances d’une ancienne ferme organisées autour d’une cour. Soit 1 000 m2 de volumes aux hautes charpentes, permettant d’accrocher des systèmes de poulie et de stocker cires, vernis, pigments, verreries et outillages.
Les commandes affluent de toute la France. Ici, un lustre majestueux du château de Versailles est entièrement démonté pour restaurer sa cristallerie, composée de milliers de pampilles. Là, le vaste luminaire d’une église parisienne est nettoyé. Plus loin, des appliques en bronze sont redorées à la feuille. C’est d’ailleurs l’une des spécialités de l'Établissement de Chant Viron, qui lui vaut d’intervenir régulièrement pour des théâtres à l’italienne : Opéra-Garnier, Comédie-Française, Opéra de Toulon…
Restaurer signifie aussi confectionner des éléments manquants. « Lorsque certaines pièces n’existent plus et qu’il n’y a plus d’entreprise à les concevoir, il faut les fabriquer. » Dans les locaux, une dizaine de jeunes professionnels s’activent : restaurateurs du patrimoine, techniciens en conservation, monteurs en bronze… Les artisans réinventent les procédés traditionnels : moulages à la cire pour façonner des fragments en bronze, reproduction de bougies et même fabrication d’ampoules et câblages. « Les ambiances lumineuses changent selon les siècles et les sources d’énergie utilisées : bougie, gaz ou électricité. Il s’agit autant de recréer un objet qu’une atmosphère », résume ce fils d’antiquaire passionné, dont l’érudition égale la dextérité.
PASSEURS D’HISTOIRES
Car ce travail mêle la recherche historique à la technique et l’innovation. En témoigne une importante bibliothèque d’ouvrages d’art et d’archives. Au gré des commandes, l’entreprise traverse l’histoire : de la restauration de reliquaires ayant servi au sacre des rois à Reims à celle de luminaires elliptiques Art déco, en passant par la création de lanternes pour les maisons de Pierre Loti à Rochefort ou de Victor Hugo à Guernesey. « Nous ne sommes pas éclairagistes mais nous devons trouver des solutions. »
Ce travail méticuleux et inventif, fondé sur un savoir-faire artisanal, a valu à la société le label “Entreprise du patrimoine vivant”. Une activité particulièrement soutenue en Île-de-France, berceau de la Ville-lumière. « En construisant Versailles, Louis XIV a lancé l’artisanat du luxe. C’est là qu’ont émergé les grandes manufactures et les grands ateliers. Paris était le centre de la création européenne. Les commandes impériales, puis celles des grandes Expositions, ont prolongé cette excellence dont nous bénéficions encore. » Mais cet héritage ne perdure qu’au prix d’une exigence constante. « Les monuments historiques doivent maintenir ce haut niveau d’excellence, autant dans la connaissance que dans la restauration. Nous sommes les garants d’un savoir-faire et d’une mémoire. »
Publications
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Magazine municipal : N°81 - Quartiers au coeur vivant PDF - 5.6 Mo