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Jean-Christophe Zory, le jardinier des parfumeurs

Partager Facebook X Linkedin Imprimer PDF Exporter la page au format PDF C'est un lieu que l’on ne soupçonne pas. Au coeur d’une esplanade engazonnée, roses, jasmin et lys exhalent leur parfum subtil. Sous les cèdres et pins, le ciel en grand écran, le visiteur pourrait se croire dans une propriété méditerranéenne. Pourtant, il est bien rue de la Voie-des-Bans, chez Givaudan, leader mondial de la

C'est un lieu que l’on ne soupçonne pas. Au coeur d’une esplanade engazonnée, roses, jasmin et lys exhalent leur parfum subtil. Sous les cèdres et pins, le ciel en grand écran, le visiteur pourrait se croire dans une propriété méditerranéenne. Pourtant, il est bien rue de la Voie-des-Bans, chez Givaudan, leader mondial de la création de parfums et d’arômes. Aux petits soins de cet écrin floral, le paysagiste Jean-Christophe Zory, à la tête de l’entreprise Art des Jardins. Il a créé et entretient ce jardin d’exception avec ses fils et ses équipes, cultivant une passion familiale profondément enracinée à Argenteuil.

« Givaudan, c’est une partie de ma vie, confie-t-il. Je passe ici tous les jours. Certaines fleurs recherchées par les parfumeurs sont fragiles et sensibles aux coups de vent, comme la tubéreuse. Quand un orage menace, je viens les protéger sous des serres. » Ce jardin des parfumeurs est né en 2018, à l’initiative de Calice Becker, directrice de l’école de parfumerie du groupe, créatrice de fragrances iconiques comme J’Adore pour Dior. « Au départ, je voulais planter des variétés de roses anciennes pour que mes élèves composent des accords à partir de fleurs fraîches, se souvient-elle. Puis la liste des plantes s’est allongée. Nous avons alors imaginé un véritable jardin. Il demande des réajustements réguliers pour que les senteurs n’entrent pas en conflit. On a eu par exemple une sauge au parfum incroyable à côté d’un osmanthus à la senteur sucrée. »

Avec plus de 200 essences plantées, dont une cinquantaine de roses thé, fruitées et épicées, c’est un outil de travail d’une richesse précieuse pour les étudiants, venus des quatre coins du monde pour suivre cette formation d’excellence au métier de maîtreparfumeur. S’ils connaissent déjà une large palette olfactive, ils peuvent ici observer et respirer les pétales d’essences européennes.

Face au succès du projet, deux autres ont poussé : le jardin des saveurs avec ses plantes aromatiques et végétaux surprenants – plante huître, cosmos chocolat, géranium cola – et le jardin de la beauté . Ils sont même devenus une vitrine pour le groupe. Sous les pergolas, au milieu des fleurs, tournages promotionnels et événements de lancement se succèdent. « Il n’y a guère plus de quinze jours dans l’année sans fleurs », sourit Jean-Christophe Zory. Dès janvier, les daphnés ouvrent le bal, suivis des crocus, jonquilles et jacinthes. Puis viennent la violette, le mimosa, le muguet, la rose le jasmin, le gardénia, puis la tubéreuse.

NOTES DE TÊTE

Cette passion du végétal, Jean-Christophe Zory l’a héritée de son père. Dans les années 1960, celui-ci fonde l’entreprise familiale aux Coteaux et réalise déjà les premiers aménagements paysagers de Givaudan. Il plante les cèdres, pins noirs et acacias qui, aujourd’hui, donnent de l’ampleur au site. « Nous sommes attachés à la famille Zory, souligne Calice Becker. Sa capacité à comprendre nos besoins, à rechercher les variétés, va bien au-delà de la prestation professionnelle. C’est un travail de coeur. »

Ici, aucun produit phytosanitaire. Les déchets végétaux et organiques sont récupérés en compost pour enrichir la terre ; les pucerons, combattus par des lâchers de coccinelles. Quant aux abeilles des ruches de l’entreprise, elles butinent librement dans les massifs.

Et l’engagement de Jean-Christophe Zory ne s’arrête pas aux portes de Givaudan. Au coeur du campus du Garac, il veille également sur un arboretum de plus de 400 arbres de dizaines d’essences différentes, classé par l'Office national des forêts (ONF) . Un autre poumon vert méconnu, appelé à grandir encore. « Tous les projets intégrant la plantation d’arbres, comme La Canopée, sont une bonne chose. Il faut préserver la nature, elle est aussi fondamentale en ville. »